L’implant phaque
Lorsque la correction est trop élevée pour un remodelage cornéen, ou que l’anatomie de la cornée contre-indique le laser, une lentille artificielle est placée à l’intérieur de l’œil — devant le cristallin naturel, qui est préservé intact. L’intervention est réversible.
Quand le laser
ne suffit pas
La chirurgie cornéenne au laser repose sur le retrait d’un volume de tissu cornéen. Cette ablation a une double limite : la correction souhaitée ne peut pas excéder ce que l’épaisseur et la biomécanique de la cornée permettent d’enlever de façon sécurisée, et certaines morphologies cornéennes contre-indiquent tout remodelage.
Dans ces situations, une lentille intraoculaire phaque — placée à l’intérieur de l’œil sans toucher à la cornée — permet d’atteindre des corrections inaccessibles au laser, avec un profil de sécurité différent et complémentaire.
Correction élevée
Myopies jusqu’à −18 D, hypermétropies élevées (sous réserve de l’anatomie adéquate) : la quantité de tissu cornéen à retirer dépasse la limite de sécurité biomécanique. L’implant phaque prend le relais sans contrainte cornéenne.
Cornée insuffisante
Cornée trop fine, irrégulière ou présentant une topographie évocatrice : le laser est contre-indiqué pour préserver l’intégrité structurelle de la cornée à long terme.
Sécheresse oculaire préexistante
La chirurgie de surface et le LASIK aggravent parfois une sécheresse oculaire existante. L’implant phaque, qui n’altère pas la cornée, entraîne moins de sécheresse postopératoire.
ICL
Visian Implantable Collamer Lens — STAAR Surgical
L’ICL est une lentille souple composée d’un matériau hybride — plastique et collamère (un collagène de synthèse biocompatible) — qui se plie pour être introduite dans l’œil par une micro-incision cornéenne de 2 à 3 mm. Une fois en place, elle se déploie et se positionne naturellement entre l'iris (la partie colorée de l’œil) et le cristallin naturel, qui est conservé intact avec sa capacité d’accommodation.
L’ICL travaille en complément du cristallin naturel : elle n’en prend pas la place, elle additionne sa puissance réfractive à la sienne pour amener le point de convergence exactement sur la rétine.
L’intervention est réalisée en ambulatoire, en salle d’opération stérile, sous anesthésie locale par collyres ou anesthésie générale, selon la préférence du patient. Les deux yeux sont traités le même jour.
Plage de correction
Avantages
- Cornée non altérée — micro-incisions uniquement
- Plage de correction très étendue
- Sécheresse oculaire moindre qu’avec le laser
- Cristallin naturel et accommodation préservés
- Réversible : retrait ou échange possible
- Qualité optique excellente, y compris pour les corrections élevées
Conditions préalables
- Segment antérieur suffisamment profond pour loger l’implant en sécurité
- Densité cellulaire endothéliale adéquate
- Absence de cataracte ou de glaucome
- Bilan anatomique complet obligatoire
IPCL
Implantable Phakic Contact Lens — Care Group Sight Solutions
L’IPCL est une lentille phaque de seconde génération, développée après l’ICL de STAAR. Elle partage le même principe de positionnement dans la chambre postérieure, entre l’iris et le cristallin, et corrige les mêmes défauts réfractifs dans des plages comparables.
Sa conception intègre les retours d’expérience accumulés sur l’ICL : la lentille est plus fine en périphérie, son centrage est optimisé pour les chambres antérieures de géométrie variée, et sa conception torique (correction de l’astigmatisme) est particulièrement précise. Comme l’ICL, l’IPCL est biocompatible et peut être retirée ou échangée si nécessaire.
Le choix entre ICL et IPCL est déterminé lors du bilan préopératoire, en fonction des caractéristiques anatomiques de l’œil, de la correction souhaitée et de la disponibilité des modèles pour la puissance requise. Les deux options sont discutées en consultation.
ICL vs IPCL — ce qui diffère
- Fabricant différent → calcul de puissance indépendant
- Profil de bord et géométrie légèrement distincts
- Disponibilités de stock et délais de commande variables
- Les deux sont posées dans la chambre postérieure
- Les deux sont réversibles
À noter
Les données de suivi à long terme sont plus étendues pour l’ICL (sur le marché depuis les années 1990) que pour l’IPCL (plus récente). Cette différence est prise en compte dans la discussion préopératoire.
Une intervention
réversible
Contrairement à la chirurgie cornéenne, qui modifie définitivement la forme de la cornée, l’implant phaque peut être retiré ou échangé par un geste chirurgical simple. Cette réversibilité est un avantage réel dans plusieurs situations : évolution de la réfraction avec l’âge, développement d’une cataracte nécessitant le remplacement du cristallin, ou simple souhait du patient.
Elle ne signifie pas que l’intervention est sans conséquence ni que le retrait est systématiquement recommandé — mais elle offre une flexibilité que la chirurgie cornéenne ne peut pas proposer.
Retrait ou échange possible par chirurgie simple
Tissu cornéen retiré définitivement
Cristallin naturel retiré et remplacé
L’anatomie de votre œil
détermine l’indication
La profondeur du segment antérieur, la densité cellulaire endothéliale et la réfraction souhaitée sont les paramètres clés. Ils sont mesurés lors du bilan préopératoire, avant toute décision chirurgicale.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un implant phaque, et en quoi diffère-t-il du laser ?
Un implant phaque est une lentille artificielle placée à l’intérieur de l’œil, devant le cristallin naturel — qui est conservé intact, avec sa capacité d’accommodation. Là où le laser corrige en retirant du tissu cornéen, l’implant n’altère pas la cornée : il ajoute sa puissance à celle de votre œil. C’est une approche au profil de sécurité différent et complémentaire du laser.
Quand le laser ne suffit-il pas ?
L’implant prend le relais dans trois situations principales : une correction trop forte pour être obtenue en préservant assez de cornée (jusqu’à −18 dioptries de myopie pour l’ICL, encore plus pour l’IPCL) ; une cornée trop fine, irrégulière ou dont la topographie contre-indique le remodelage laser; ou une sécheresse oculaire sévère préexistante que le laser pourrait aggraver. C’est l’indication, déterminée par le bilan, qui précède la technique.
Mon cristallin naturel est-il retiré ?
Non — et c’est ce qui distingue l’implant phaque de la chirurgie du cristallin. Votre cristallin naturel reste en place et conserve son accommodation ; l’implant se positionne devant lui, entre l’iris et le cristallin, et travaille en complément.
Est-ce réversible ?
Oui, c’est un avantage distinctif. Contrairement au laser qui modifie la cornée définitivement, l’implant peut être retiré ou échangé par un geste chirurgical simple — en cas d’évolution de la réfraction avec l’âge, de cataracte à traiter plus tard, ou sur votre souhait. Cela ne signifie pas que l’intervention est sans conséquence, mais elle offre une flexibilité que la chirurgie cornéenne ne permet pas.
L’implant peut-il provoquer une cataracte ? Et plus tard, quand la cataracte arrivera ?
Historiquement, la proximité de l’implant avec le cristallin pouvait favoriser une cataracte. Les implants modernes sont dotés d’un orifice central (appelé Aquaport) qui rétablit la circulation du liquide intraoculaire et a quasiment supprimé ce risque pour la version myopique. Et si une cataracte devait survenir avec l’âge, l’implant est simplement retiré au moment de l’opération de la cataracte, qui se déroule alors de façon classique.
Le sent-on, le voit-on ?
Non. Placé derrière l’iris, l’implant est invisible à l’œil nu et vous ne le sentez pas.
ICL ou IPCL : quelle différence ?
Les deux sont des implants phaques placés au même endroit, sur le même principe, et corrigent des défauts comparables. L’IPCL est plus récent, au profil de bord et au centrage affinés ; l’ICL bénéficie d’un recul de suivi plus étendu, présent depuis les années 1990. Le choix se décide au bilan, selon l’anatomie de votre œil, la correction souhaitée et la disponibilité des modèles.
Qu’est-ce qui conditionne l’éligibilité, et quel suivi ensuite ?
Trois paramètres sont déterminants, mesurés au bilan préopératoire : un segment antérieur assez profond pour loger l’implant en sécurité, une densité suffisante des cellules de l’endothélium cornéen, et l’absence de cataracte ou de glaucome.
L’intervention est-elle douloureuse ? Combien de temps dure-t-elle ?
Elle se déroule en ambulatoire, en salle d’opération stérile, sous anesthésie locale par gouttes (ou générale selon votre préférence), par une micro-incision de 2 à 3 mm. Elle n’est pas douloureuse et ne dure que quelques minutes par œil.
Les deux yeux sont-ils opérés le même jour ?
Oui : les deux yeux sont traités au cours de la même journée.
Quand vais-je récupérer ma vision ?
La récupération est généralement rapide, la vision s’éclaircissant dès les premiers jours.
Vais-je avoir une sécheresse oculaire ou des halos la nuit ?
La cornée n’étant pas modifiée, la sécheresse oculaire est moins fréquente qu’après un laser. En revanche, l’orifice central de l’implant peut provoquer des halos lumineux marqués durant les premiers jours à semaines ; ils s’atténuent ensuite, et ne persistent que rarement à plus long terme.
Quel est le risque de complication grave ?
Comme toute chirurgie intraoculaire, la pose comporte des risques spécifiques — élévation de la pression intraoculaire, inflammation — que le suivi permet de surveiller. Il arrive aussi que, pour obtenir le positionnement optimal, l’implant doive être retiré puis remplacé par un autre d’une dimension différente : c’est un peu plus fréquent que la nécessité d’une retouche après un laser. La réversibilité de l’implant est précisément ce qui rend cet ajustement possible.